‘Work-life balance’ et formation : 4 catégories d’apprenants


L’équilibre entre vie professionnelle et vie privée est un thème récurrent de nos sociétés stressées, un thème qui cache mal d’autres soucis : qualité intrinsèque du travail et de l’environnement professionnel, redéfinition des rôles au sein du foyer sur fond souvent de malaise et frustration, course au rendement, inquiétude pour l’emploi, individualisation forte des modes de vie et délitement des liens sociaux, attention accrue au bien-être des enfants…

Cette « work-life balance », le terme anglais pour l’équilibre vie privée et vie professionnelle, est devenue aujourd’hui une façon de s’interroger sur son rythme de vie, sa carrière, sa vie familiale… et son organisation personnelle au beau milieu de tout ça. Il n’y a qu’à regarder autour de soi : les blogs, livres et podcasts abondent sur le sujet. La « work-life balance » est un nouveau serpent de mer qui cousine furieusement avec le serpent à sonnette – d’alarme, s’entend.

De quoi m’interroger, au détour d’une énième rencontre avec ce sujet : quel espace la formation prend-elle entre « work » et « life », entre vie professionnelle et vie privée? Il ne s’agit pas de tenir ici un discours sur les principes ou d’établir une philosophie de la chose, mais de comprendre les ressorts qui motivent nos apprenants, étudiants et stagiaires.

De fait, j’ai le sentiment que mes stagiaires appartiennent à différentes catégories :

  • Les hédonistes. Certains stagiaires – très plaisants en classe, quoique indisciplinés parfois – ont décidé que la formation leur offrait une respiration bienvenue dans l’emploi du temps hebdomadaire. Ils adoptent les leçons comme un plaisir personnel avant tout, une introduction intempestive et magique de leur « life » dans le temps forcé du « work » salarié. Du plaisir et du rire en partage.
  • Les surmenés. Qu’ils soient au beau milieu d’une restructuration  de leur entreprise avec inquiétude sur leur propre devenir, ou simplement en pleine prise de responsabilités à un poste nouveau, – clairement, pour ces apprenants-là, la formation tombe au plus mauvais moment. Ni « life », ni « work », la formation n’a sa place que dans un à-pic insondable, un no man’s land… elle est un imprévu décidément malvenu et incasable. Qui plus est, qu’ils aient envie de participer ou viennent à reculons, ces apprenants n’ont « pas la tête à ça » et ne retiennent rien, – se désolent enfin au passage de leur échec manifeste à apprendre. Surmenés… et inconsolables. Décidément épuisés !
  • Les 100% pros. Ils peuvent être plaisants ou un peu plus difficiles à contenter comme élèves, mais une chose est sûre : le formateur les voit tels qu’ils sont au travail, peu ou prou, – et leur attente est sans aucun doute motivante. Ces étudiants viennent en effet pour appliquer avant tout des recettes à leur quotidien professionnel, en espèrent un avantage stratégique ou une remise à niveau désespérément urgente. La formation, pour eux, s’inscrit dans le travail. « Work » wins! Pragmatiques avant tout…
  • Les visionnaires heureux. Ceux-là, on est heureux de les rencontrer de loin en loin, tant ils font écho à nos propres motivations initiales de formateurs. Ces apprenants viennent en effet avec des ambitions professionnelles et privées de long terme. Ils veulent préparer une reconversion lointaine, assouvir leur soif d’apprendre ou se lancer des défis, souvent tout ça à la fois. Ils arrivent motivés par un projet au long cours. Work, life, balance, trois mots qu’ils comprennent, assument, transcendent. On les admire ou les envie, ces navigateurs des océans.

La rigueur oblige à préciser que chaque apprenant peut relever de plusieurs catégories à la fois. Pourtant, il est étonnant de constater à quel point cette catégorisation fonctionne de manière efficace dans notre resssenti de formateur.

Trucs et astuces:

Avec les hédonistes, savoir accompagner le plaisir, éviter la surcharge, et motiver par l’humour et le jeu à haute dose. Ne pas avoir peur de répéter et se préparer en conséquence.

Avec les 100% pros, être didactique sur l’intérêt des méthodes utilisées, surtout lorsque celles-ci invitent manifestement à des détours, savoir répondre à la demande en privilégiant des mémos sérieux et directement transposables.

Avec les surmenés: rassurer, consoler, écouter, s’aventurer davantage sur les terres du coaching (en tant que formatrice de langue et communciation, cela m’est plus facile car je dispose d’une grande variété de styles de supports, avec une part importante dédiée à la discussion).

Avec les visionnaires heureux: n’ayez pas peur d’être audacieux dans votre programme! C’est justement ce qui vous est demandé!

Dans tous les cas: ne pas avoir peur pour autant d’affronter le programme de face dans les grandes lignes (sauf pour les surmenés, car on court à l’échec dans les cas les plus extrêmes), changer d’abord la tonalité de l’habillage et de la relation. Faire entrevoir le jeu et la détente aux 100% pros et aux surmenés, les avantages de court et long termes aux hédonistes, la nécessité d’appliquer immédiatement quelques nouveaux savoirs aux visionnaires heureux. Accorder un temps systématique de questions-réponses à chaque leçon, que les questions soient concrètes ou débordent le cadre initial de la formation : cela permet une adaptation formidable aux besoins de chacun et un temps réflexif utile à l’apprentissage immédiat ainsi qu’à votre propre réajustement du cours.

Concilier travail, vie privée et formation

Certes, la formation penche tantôt d’un côté, tantôt de l’autre selon les apprenants. Voilà pour l’analyse. Il n’empêche qu’elle ajoute à l’emploi du temps de chacun. Alors, soyons audacieux, soyons fous : alors que la première équation vie privée-vie professionnelle semble déjà insoluble par elle-même, essayons de réfléchir à concilier les trois termes cette fois en ajoutant la formation aux deux précédents. Comment trouver l’équilibre ?

Des solutions magiques existent : suspendre le travail avec l’assentiment de la DRH le temps de la formation, notamment. Aussi : se retirer de la vie de famille le temps d’un stage intensif : symboliquement, avec l’accord de l’entourage, se dérobant aux tâches et activités communes du quotidien pendant un temps ; ou réellement – en prenant un stage intensif avec hébergement.

Sinon, il faudra jongler, – et faire des concessions dans tous les cas. Les temps de transport, les heures de sommeil (non recommandé), la pause déjeuner, le match de foot ou la série TV favorite… Tout est bon à (re)prendre !

karine gantin – 30 août 2015

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